LE CHEMIN DE CROIX

(P. Flavio Caloi OCD)

Première Station : Jésus condamné à mort.

Les juges qui ne connaissent rien de la vérité de Jésus et qui ne savent pas, par leur vie, ce qu'est la justice, condamnent la personne qui n'est que Justice et Vérité et Amour.
Jésus, le Juste qui nous justifie et nous rend en Lui-meme divine justice, subit l'injustice humaine qui veut le faire désapparaitre, mourir.
Jésus, la Vérité faite personne, porte la condamnation édicté par les personnes qui vivent et se nourrissent du mensonge, de la couardie et de la lâcheté.
Jésus, l'Amour qui est tout et seulement miséricorde, accepte le verdict de ceux qui n'ont qu'un coeur de pierre et de guerre.
Eux ils parlent et ils crient. Lui se tait. Eux, ils sont une foule. Lui est seul.
Eux ils sont jugement et condamnation,  Lui est pardon et compassion.

Station 2: Jésus assume la Croix

Les autres, tous les autres, nombreux, foule, masse énorme, peuple plein de force dans les paroles, le chargent de la croix. Ils jettent sur ses épaules, affaiblies par les flagellations, une grande croix, la croix de tous, la croix du monde, la croix de tous les temps, ma croix, celle que je devrais porter moi-meme tout seul.
Et Jésus l'assume. Volontairement. Tout en sachant que c'est une croix injuste. Lui, qui est doux et humble de coeur et qui  invite  tous les opprimés du monde à venir à Lui pour etre consolés, lui il console tous en se chargeant d'une croix qui est le vidage de tous les poids humains. Tout son amour passe par cette croix, sous cette croix qui est lourde comme la faiblesse de l'humanité toute entière, avec ses péchés, ses misères, ses maladies, ses tragédies, ses morts...

Station 3: Jésus tombe la première fois

Jésus, le tout puissant dans l'amour, par amour s'est fait l'un de nous, fragile comme nous. Il tombe donc comme nous sous le poids de la croix. Elle est tellement dure à porter cette croix et lui tellement faible. Il n'a pas dormi toute la nuit, il a été traité comme un chiffon qu'on jette par ici par là, il a été frappé et flagellé comme s'il était une chose ou un torchon à broyer. Il est à bout de ses forces, il est vidé de tout, il est seul, écrasé. C'est naturel qu'il tombe. Comme tout le monde. Lui le chemin, il tombe sur le chemin. Lui la force est sans force. Lui, qui voudrait rester debout, Il éprouve la puissance de la croix qui le jette par terre, plus puissante que ses désirs. Il doit se rendre à l'impuissance, à l'incapacité de rester sur ses pieds. Il tombe à terre. il touche terre et il reste à terre. Lui, le Ciel, est collé, mêlé à la poussière sous la croix. Seul par terre, entouré par une foule debout.

Station 4: Jésus rencontre sa Maman

Sur le chemin du Calvaire Jésus sait bien qu'il y a certes sa Maman.
Elle sait  tout de lui: ses grandeurs et ses faiblesses. Durant leur vie, ils se sont parlés longtemps. Ils ont tout partagé. Ils se connaissent tellement.
Et maintenant c'est pour eux le temps des larmes, du sang et du silence.
Surtout du regard.
Le regard seul est là. Leur regard d'amour, fait de mutuelle confiance et entente, triomphe sur tout. Il est comme l'unique réalité, plus forte que la croix, que l'humiliation, que les cris de la foule. Il est l'amour mutuel, donné et reçu, qui envahit leur coeur et qui se dilate dans tout leur corps. Avec le regard ils s'offrent la compassion. La Maman voudrait prendre dans tout son être  les souffrances de son enfant. Elle voudrait les assumer toutes à la place de son Bien-aimé petit Jésus. Elle voudrait les vider. Elle voudrait que termine cet interminable chemin d'écrasement. Elle voudrait prendre dans son bras son fils et le caresser sans fin. Elle voudrait avec son regard transmettre toute sa tendresse, la tendresse de la Vierge Maman, la Mère de toutes les Mères, la Mère de Dieu, la Mère des Hommes, la tendresse du Ciel et de la terre. Et Jésus avec ses yeux comprend.

Et avec ses yeux il répond...

Station 5: Jésus aidé par Simon de Cyrène

Ceux qui sont violents avec Jésus voient un homme venant des champs. Ils mettent la main sur lui et le chargent de la croix pour la porter derrière Jésus.
C'est un homme déjà fatigué par le travail, mais pour eux cela n'importe pas. Ils ne s'intéressent qu'à rejoindre le Calvaire pour crucifier Jésus. 
Simon, le Cyrène, va vivre quelques minutes ce que Jésus, notre Cyrené, a vécu 33 ans pour nous sur la terre. 
Simon se laisse mettre sur les épaules la croix de Jésus. Et il marche derrière Dieu, encore plus fatigué que lui.
Plus que le poids de la croix, il perçoit dans son corps,
et surtout dans son coeur, le poids de l'amour.
Il aime, peut-être sans le connaître, cet homme blessé, humilié.
Il a compassion de lui.
Il sent, par le regard infiniment reconnaissant dont il lui fait cadeau, qu'il est bon.

Il voit comme il porte avec dignité et pardon divin les humiliations d'une foule déchaînée et désireuse de sang, de mort.
Tandis que les gens accablent Jésus de toutes les lourdeurs du mépris et de la moquerie, Lui, par sa solidarité, il marche à la suite de Dieu. Plus encore, pour un moment, il allège Dieu, en portant à sa place le poids du monde, la croix.

Station 6: Véronique essuie le visage de Jésus

Jésus avance vers le Calvaire. Toute l'atmosphère est remplie
de la  foule et de ses odeurs.
Et Jésus  imprégné de sueur, de sang, de poussière, de fatigue,
de mépris, des outrages, des crachats...
Une femme, oh délicatesse extrême!, ose s'avancer et s'approcher de Jésus pour Lui offrir la  tendresse d'un doux voile. Elle  lui enlève la saleté de toute la misère humaine  déposée et incrustée sur le visage du plus Beau des Hommes, devenu méconnaissable, sans estime, sans aspect ni prestance ni apparence, le Dernier des Hommes, l'Homme des douleurs, familier de la souffrance, l'Homme sans splendeur, tout simplement: l'homme. Encore moins, parce que, à ce point détruite, son apparence n'est plus celle d'un homme, et son aspect n'est plus celui des fils d'Adam....

Une femme, oui, une femme, qui ne compte rien aux yeux du monde, a les yeux les plus pénétrants du monde, pour  reconnaître dans ce visage nullifié  le VISAGE, l'UNIQUE VISAGE dans lequel tout visage humain se retrouve.

Une femme, oui, elle, a le courage et l'hardiesse de révéler sur le chemin du Calvaire la BEAUTE' SUPREME.

Station 7: Jésus tombe pour la deuxième fois

Jésus a été libéré du poid  de la croix, mais il tombe quand-même. Il est épuisé.  Vraiment à plat. Vidé de toute énergie. Ses forces l'ont complètement abandonné. Il se trouve bien seulement à terre. Il lui est impossible de rester debout,
comme tout le monde.
Jésus est devenu le plus impuissant de tous. Il est le plus faible,
le plus petit, le plus misérable, le plus à plaindre.
Il sent qu'il n'a plus des forces pour se relever, pour faire un pas.
Il sent qu'un seul geste de son corps devient  lourd à être accompli.
Il sent que son corps réclame de ne plus bouger et qu'il souhaite seulement la terre, rien d'autre que la terre immobile.
Mais il sait que le Calvaire l'attend et même la crucifixion.
Jésus à terre fait  donc tout pour reprendre des énergies et les unifier et concentrer, afin d'arriver au terme de son chemin sur la terre.
L'extrême amour est enveloppé de l'extrême faiblesse, de la plus profonde impuissance.



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