Carmel en Terre Sainte — le pays aujourd'hui

Le Pays où nous vivons

Tout récemment une amie américaine nous disait en plaisantant : Chez nous, tout le monde pense qu'Israël est un très grand pays, étant donné la place énorme qu'il prend dans les informations.

Une blague israélienne raconte : Un Américain (encore !) vient rendre visite à son cousin à Tel Aviv. Il lui dit : "Je voudrais d'abord visiter tout le pays." "D'accord. Et l'après-midi, que faisons-nous ?"

Déjà, ces deux plaisanteries nous disent un des côtés paradoxaux du pays qui est le nôtre. Ce pays que nous aimons, quel que soit le lieu où nous vivons : Le Mont-Carmel, Jérusalem, Bethléem ou Nazareth. Où nous sommes heureux de vivre, sans en nier les difficultés. Et nous aimerions vous le faire aimer, tel qu'il est. Car même si — et c'est bien humain — l'une ou l'autre, l'un ou l'autre d'entre nous peut avoir plus d'attirance vers l'une des ses composantes, vers l'un des peuples de ce pays, nous savons bien qu'on ne peut être carme ou carmélite selon le cœur de Dieu en Terre Sainte sans porter dans son cœur et dans sa prière TOUS ses habitants, sans en excepter aucun. Même si souvent l'écartèlement qui en résulte prend la forme de la Croix.

Mais aux moments les plus sombres, nous n'oublions pas que si nous sommes, ici plus que n'importe où ailleurs, les disciples du Crucifié, celui-ci est aussi et avant tout le Ressuscité, Celui qui récapitule l'histoire pour la porter à son achèvement.

 

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On a l'habitude de dire que c'est un pays de deux peuples et de trois religions : lieu commun qui est en fait d'une grande simplification !

Deux peuples ? Si l'on veut parler des Juifs et des Arabes, ce n'est pas faux. Mais à l'intérieur de cela, combien de peuples différents sont représentés ! Car en devenant Israélien, on n'oublie pas son passé, on ne perd pas l'enracinement dans son pays d'origine !

Trois religions ? Certes, on pense spontanément : le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Et déjà, on en a oublié une, fort présente : les Druzes. Et une autre qui, sans avoir de nombreux adeptes, fait partie intégrante de l'histoire du pays depuis des millénaires : les Samaritains ! Sans parler de toute la diversité à l'intérieur de chacune des trois autres !

Alors, en route, pour connaître un peu mieux ce pays.

Un pays si petit, et si grand par son importance pour l'humanité toute entière !

Le nom du Patriarche Jacob-Israel remonte à la nuit des temps. Ce nom plus d'une fois au cours de l'histoire ne fut plus porté que par un peuple en exil, et n'existait plus alors que dans les cœurs… mais y existait tellement fort qu'à chaque occasion favorable, il renaissait.

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Un rapide rappel historique :

Après les deux exils successifs du 8ème et 6ème siècles avant J.C., le peuple d'Israël semble écarté définitivement de sa terre après la défaite de Bar Kochba en l'an 135. C'est alors que le nom de "Palestine" est imposé par les Romains à tout le pays pour effacer jusqu'au souvenir de ses premiers habitants et Jérusalem rasée et rebâtie sous le non de Aelia Capitolina.

Cependant, après la défaite de 70, une académie talmudique fut fondée à Jamnia (Yavné) : c'est Yochanan ben Zakaï qui en obtint l'autorisation de Vespasien. Le Beth-Din, une sorte de nouveau Sanhédrin y fonctionna. Après le désastre de 135, l'académie fut transférée en Galilée, à Tibériade, où la répression romaine fut moins forte. C'est ainsi que — un autre paradoxe, on n'en est pas à un près dans ce pays — cette ville considérée par les pharisiens comme impure et quasi païenne (et que les évangiles ne mentionnent pas) devint une des quatre villes saintes du judaïsme, avec Jérusalem, Hébron, et Safed !

Le pays passe ensuite de mains en mains pendant 2000 ans, sans que d'ailleurs les Juifs en soient jamais complètement absents (c'est ainsi que, par exemple, la première imprimerie hébraïque naît à Safed en 1563).

Pendant ce temps, chaque année, à la célébration du Seder pascal — le rappel de la première libération — on va redire le souhait, ou plutôt la prière : L'an prochain à Jérusalem.

Et pourtant — encore un paradoxe — le retour du peuple sur sa terre ainsi que la naissance de l'Etat moderne d'Israël s'effectue sous la houlette de leaders athées ! (Une célèbre plaisanterie affirme d'ailleurs : le Juif athée, c'est celui qui dit : "Dieu n'existe pas et nous sommes son peuple.")

Et aujourd'hui, qu'en est-il du peuple qui revit sur sa terre ?

Statistiques :

La population, qui comporte approximativement 6 000 000 d'habitants, est composée environ de 81 % de Juifs, 15 % de Musulmans, 2 % de Chrétiens, 2 % répartis entre les Druzes et d'autres (Samaritains, Bahaïs...)

Nous rejoignons là la classique division du pays selon les religions.



Population juive

Elle est loin d'être majoritairement "religieuse" (c'est à dire "pratiquante").

En voici en gros les différentes composantes :

Environ 20 % sont des religieux orthodoxes, qui observent tous les mitsvot (préceptes religieux)

Environ 60 % suivent les mitsvot assez relativement, souvent en fonction de leurs traditions personnelles, familiales ou ethniques.

Par ailleurs, les "libéraux" et les "conservateurs", deux courants du judaïsme non-orthodoxe, se situent dans cette aire.

Les 20 % restants sont non-observants, laïcs, cependant souvent respectueux des pratiques des autres. Certains d'entre eux, par ex. dans les kibboutzim non religieux, célèbrent de façon "laïque" des fêtes d'Israël.

Outre ceux qui sont originaires du pays (parfois depuis plusieurs générations), la population juive d'Israël provient aujourd'hui d'environ 165 pays différents !


Les partis politiques sont toute une gamme, de gauche à droite, sans que d'ailleurs ces termes de "gauche" et de "droite" recouvrent exactement nos catégories habituelles ! Il ne faut jamais oublier cela lorsqu'on parle des partis politiques en Israël.

Même si Israël est une démocratie à l'occidentale, il ne peut pas ne pas être fortement marqué par la religion : ainsi, l'année commence au jour de Roch ha Shana (en septembre ou octobre, selon les années), le shabbat est non seulement un jour férié, mais encore un jour où, effectivement tout travail non nécessaire est suspendu au grand dam des "laïcs" (ainsi par exemple les transports publics !), et les fêtes rythment la vie du pays. Le Yom Kippur surtout est observé par la quasi totalité de la population juive d'Israël, les urgences étant souvent assumées par les Arabes, musulmans ou chrétiens.

(Voir : Fêtes d'Israël, où nous présenterons les différentes fêtes à leur approche)

Et le jour de l'Indépendance a désormais ses prières spéciales à la synagogue…

Quant à Jérusalem, c'est une ville-symbole pour tous sans exception !

Jérusalem

 


Population arabe

Le nom de "Palestine", désigne dans la Bible le pays des Philistins, un peuple non sémitique qui a dominé les Cananéens et les Israëlites. Ennemis héréditaires d'Israël ? Peut-être, d'une certaine façon, disons de la façon dont se passaient alors les choses non seulement ici, mais encore partout où vivaient des hommes ! Mais cette inimitié "officielle", on peut presque dire "théologique" n'empêchait par quelques bons rapports ! N'oublions pas que par exemple Samson n'hésita pas à prendre une femme philistine (cf. Jg 14), puis à s'amouracher d'une autre (Jg 16) ! Et si l'une et l'autre histoire se sont mal terminées, n'est-ce pas un peu "de la faute" de Samson, qui ne pouvait s'empêcher de défier, même narguer quelque peu les autres ?

Et David lui-même, en butte à la persécution du jaloux Saül, craignant pour sa vie, où va-t-il se réfugier ? Encore chez les Philistins (cf. 1Sm 27 et 29) ! Alors ?

De quand date exactement la présence arabe ? Difficile de le dire avec exactitude. En tout cas, dès le 1er siècle de notre ère, Palmyre (au nord-est de Damas) est un centre arabe important qui ne cessera de se développer et aura une forte influence sur toute la région.

Il paraît aussi certain qu'une nombreuse communauté d'Arabes chrétiens existait à Bosra dès la fin du 2ème sûrement début du 3ème siècle. Une intervention d'Origène en témoigne. Au 5ème siècle, toute une tribu de bédouins du désert de Juda se convertit au christianisme ; on en connaît l'évêque, un certain Pierre. Un autre Arabe, Elie, devient patriarche ce Jérusalem quelques décennies plus tard.

Cependant, cette population arabe chrétienne, fondue dans la masse "byzantine", est minoritaire.

La vraie arabisation sera musulmane. Elle commence avec la chute de Jérusalem et la conquête du pays par le calife Omar en 638.

Le pays, comme nous l'avons dit déjà ailleurs change de maîtres au cours des siècles. Les relations ne sont pas toujours de tout repos, entre les musulmans et les chrétiens, bien que les deux appartiennent à la nation arabe (car les "byzantins" furent priés par Omar plus ou moins poliment de quitter le pays…). En fait, elles s'améliorent ou s'aggravent plutôt au gré des qualités ou défauts de différents personnages qui gouvernent le pays. Les croisades n'ont certainement rien arrangé dans ce domaine, encore que, de part et d'autre, il y avait des gestes d'une réelle générosité.

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Et aujourd'hui ?

La population arabo-musulmane représente 15 %, alors que les chrétiens — y compris les étrangers — ne sont que 2,1 %.

Et dans ce pays, que de nombreux médias ne présentent que sous forme de conflits et de violence, nombreux sont ceux qui, non seulement parmi les chrétiens mais aussi parmi les musulmans, ouvrent pour la paix, la bonne entente et la justice.



Les chrétiens (environ 160 000 personnes, dont 42 % appartiennent à l'Eglise grec-catholique)

Nous leur avons réservé un chapitre spécial : Les Eglises de Terre Sainte



Les musulmans en Israël ne sont pas loin de 1 000 000 (d'après les statistiques de 2001, ils étaient environ 980 000), en grande majorité les sunnites. Les bédouins, eux, représentent environ 10 % de la population musulmane du pays.

Comme toutes les communautés religieuses d'Israël, ils sont régis par leurs propres lois et leur tribunaux en ce qui concerne les droits des personnes. Ils possèdent de nombreux lieux de culte dans tout le pays, participent à sa vie politique et sociale, même si leur statut, égal selon la loi à celui de la population juive, doit encore vraiment passer dans la pratique.

Leurs fêtes sont très suivies par la majorité de la population musulmane.

Vous pouvez en savoir davantage, à l'approche de telle ou telle fête, en consultant la rubrique : Les fêtes musulmanes.

 


Les Druzes sont des adeptes d'une religion qui est issue de l'Islam hétérodoxe. Ils sont environ 400 000, répartis entre le sud du Liban, le sud de la Syrie (Hawran, zone montagneuse qui est d'ailleurs appelée djebel Druze) et dans le nord de l'état d'Israël où ils sont environ 30 000, en Galilée et sur le plateau du Golan.

L'origine de la religion druze remonte au 10ème - 11ème siècles ; le calife fatimide régnant alors en Egypte, al-Hakim (996-1021) à la fin de sa vie, se prétendit une incarnation divine. Des fidèles, rassemblés autour d'Al-Daraz, l'un des vizirs d'Al-Hakim, ont fini par être appelés du nom dérivé du sien : Druzes.

Quelle est exactement leur foi ? On n'en connaît que les bribes, car un lourd secret pèse sur elle.

Le peu qu'on peut dire avec quasi certitude est : ils croient en l'unité divine (et même, se croient les seuls à la professer parfaitement), ils croient à la réincarnation, et observent les commandements suivants :

Franchise totale entre eux, ainsi qu'entraide et protection.

Séparation radicale de toutes les autres religions : les Druzes ne peuvent se convertir, et n'acceptent pas qu'on se convertisse à leur religion. Mais en cas de danger pour leur foi, et pour protéger son secret, ils peuvent parfois feindre d'accepter la foi des gouvernants dont ils dépendent.

Ils ne reconnaissent aucune obligation à l'égard des non Druzes (cependant, on peut en général compter sur leur loyauté).

Ils professent l'unité du Seigneur (Al-Hakim) et l'approbation de ses actions quelles qu'elles soient, ainsi que la soumission à sa volonté, considérée comme divine.

Ils n'ont aucun édifice religieux proprement dit, et dans les lieux où ils se retrouvent — les loges — l'accès est strictement réservé aux initiés.

Ils ne célèbrent que deux fêtes : celle du sacrifice, comme les musulmans, et une autre appelée achoura.

Sur le Mont Carmel, ils sont assez nombreux, tout particulièrement à proximité de Muhraqa, où ils entretiennent de bonnes relations avec les Pères carmes qui y résident.

 


Les Samaritains, eux, n'atteignent pas un millier de personnes. Ils se considèrent comme une fraction du judaïsme, leur livre saint est le Pentateuque, ils ont un grand-prêtre, célèbrent Pessah et même pratiquent des sacrifices, et ils entendent d'être considérés à l'égal des autres communautés juives non-orthodoxes : les réformés et les conservateurs. Ils ont même déposé, dans ce but, une requête auprès de la Cour Suprême d'Israël ! En somme, une querelle vieille de quelque 2500 ans…

 


Mentionnons enfin encore une autre toute petite communauté, musulmane sunnite sui generis, non arabe, dont beaucoup, même dans le pays, ignorent l'existence : les Circassiens : ils comptent environ 3 000 personnes.

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