Carmel en Terre Sainte — histoire

Les plus vieux textes du carmel

Jacques de Vitry — Historia Orientalis

Des hommes saints, renonçant au siècle, entraînés par des sentiments et des désirs divers, et tout embrasés du désir de la religion, choisissaient à leur gré les lieux les plus convenables pour l'accomplissement de leurs projets et pour leur vie de dévotion. Les uns, guidés plus particulièrement par l'exemple du Seigneur, préféraient ce désert tant désirable dans lequel Notre Seigneur, après son baptême, jeûna en solitaire pendant quarante jours et qu'on appelle pour cela la Quarantaine. Et voulant mener une vie d'ermites, ils combattaient en toute dévotion dans de modestes cellules.
D'autres, à l'exemple et imitation de cet homme saint et solitaire, le prophète Elie, vivaient solitaires sur le Mont Carmel (…) auprès de la fontaine d'Elie, habitant dans leurs roches de petites cellules et, tels que les abeilles du Seigneur, faisant du miel d'une douceur toute spirituelle.


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(Institution des premiers moines, ch. II.)

"Dans cette vie, nous distinguons une double fin ; l'une que nous atteignons par notre labeur et l'exercice des vertus avec l'aide de la grâce divine : offrir à Dieu un cœur saint et pur de toute souillure actuelle de péché ; nous y parvenons lorsque nous sommes parfaits et en Carith, c'est à dire cachés dans cette charité dont le Sage dit : La charité couvre tous les péchés". Dieu, dans son désir qu'Elie parvienne à cette fin lui dit : "Cache-toi dans le torrent de Carith."

L'autre fin de cette vie nous est proposée en vertu d'un pur don de Dieu ; elle consiste à goûter d'une certaine manière en notre cœur, à expérimenter dans notre esprit, la force de la divine présence et la douceur de la gloire d'en-haut, non seulement après la mort, mais même en cette vie mortelle. Voilà ce qui est proprement boire au torrent de la Joie de Dieu. Cette fin, Dieu l'a promise à Elie en lui disant : "Et là, tu boiras au torrent."

C'est pour accomplir cette double fin que le moine doit s'engager dans la vie érémitique, selon le témoignage du prophète : "Dans une terre déserte, impraticable, desséchée, je me suis présenté à toi comme dans le sanctuaire, ô Dieu, pour contempler ta puissance et ta gloire." Parce qu'en effet il choisit de rester "Dans une terre déserte, impraticable, desséchée" afin de se présenter à Dieu "comme dans le sanctuaire", c'est à dire avec un cœur pur de tout péché, il indique la première fin de la vie solitaire choisie par lui : offrir à Dieu un cœur saint, c'est-à-dire pur de tout péché actuel. Et quand il ajoute "afin que je voie ta vertu et ta gloire", il indique clairement la seconde fin de la vie érémitique : expérimenter en quelque sorte dans la vie terrestre ou voir mystiquement dans son cœur la force de la divine présence et goûter la douceur de la gloire céleste. On atteint la première de ses fins, c'est à dire la pureté du cœur, par le labeur et l'exercice de la vertu, avec l'aide de la grâce divine. Et, par la pureté du cœur, la perfection de l'amour, on parvient à la seconde, c'est à dire à la connaissance expérimentale de la force divine et de la gloire céleste selon la parole du Seigneur : "Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui". Par ces fins que, dans les paroles citées plus haut, il proposa au saint prophète Elie en sa qualité de premier et principal chef des moines, et à nous, ses imitateurs, Dieu a voulu surtout proposer à notre imitation "d'être parfait comme notre Père céleste est parfait", et "d'acquérir par-dessus tout la charité, qui est le lien de la perfection".