À l’exemple de la Vierge Mère, le contemplatif est la personne centrée en Dieu. (VDQ 10)

Saint Jean de la Croix

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Je ne pense pas que nous pouvons nous considérer comme des enfants de ces parents, si nous ne sommes pas disposés à marcher intérieurement.

 

 

 

 

Deux faits nous interpellent dans cette célébration : la mémoire liturgique, qui rend présent parmi
nous Saint Jean de la Croix, notre père et maitre de vie et la profession définitive de trois de nos
frères, Fr. Samuel Bijoy, Fr. Rajendaprasad et Fr. Joemon, qui sont sur le point de consacrer pour
toujours leur vie dans notre famille de Carmes Déchaux. La première invitation qui découle de ces
événements est de se réjouir, de nous réjouir. Oui, je le sais : de nombreux problèmes affligent le
monde et l’Église d’aujourd’hui, la vie religieuse souffre de nombreux maux, et naturellement notre
famille aussi. Mais tout cela ne doit pas détourner notre vue sereine du bien que Dieu le Père, plein
de miséricorde, continue à répandre sur nous. En vérité, son amour et sa fidélité sont à de toujours à
toujours, il ne nous oublie pas, même quand nous l'oublions.
Par conséquent, nous voulons accueillir ces cadeaux, et la première façon de les accueillir est de les
contempler avec amour et avec l’intelligence de la foi. Qu’est‐ce que Dieu et en train de nous dire
par l’intermédiaire de Notre Père Saint Jean de la Croix et à travers nos trois frères ? Je pense que le
premier et fondamental message est que l’expérience que Jean a vécue est un chemin ouvert aux
autres, et que le Seigneur continue à appeler les autres à suivre ses traces. Ces « autres », c’est nous
chers frères, et ici je m’adresse particulièrement à nous tous Carmes Déchaux, fils et frères de Saint
Jean de la Croix. Nous souvenons nous de ce chemin ? Pouvons‐nous décrire son itinéraire et ses
paysages, les montées et les descentes, les lumières et les ombres, les fatigues et les moments de
repos, les solitudes et les rencontres tout au long de ce chemin ? Peut‐être ne saurions nous pas le
faire avec les accents poétiquement inspirés comme le fit Saint Jean de la Croix qui –par un don
particulier‐ uni dans l’humble simplicité du frère l’extraordinaire finesse du poète et l’homme de
lettres né. Mais à notre manière et dans notre langage, avons‐nous un voyage à raconter ? Avons
nous cherché et sommes‐nous en train de chercher ce que lui qui ne se fatigue pas de chercher
jusqu’au dernier instant de sa vie ?
Avez‐vous remarqué que nos Saints Parents, Thérèse et Jean, en particulier depuis le Concile
Vatican II, nous aimons les voir en chemin, avec le bâton à la main ? Évidemment, cet aspect est celui
qui nous impressionne le plus aujourd’hui, et avec lequel nous nous identifions le plus facilement. Et
de plus, aussi bien la biographie de Thérèse et Jean que leurs écrits, jusque dans les titres mêmes :
Chemin, Montée, témoignent d’un dynamisme, qui également s’est souvent exprimé
extérieurement, mais qui s’est surtout réalisé intérieurement. Je ne pense pas que nous pouvons
nous considérer comme des enfants de ces parents, si nous ne sommes pas disposés à marcher
intérieurement. Cet après‐midi nos trois frères, en promettant chasteté, pauvreté et obéissance ne
font autre chose au fond que de se libérer de tout ce qui peut les ralentir sur ce chemin et sont
préparés au départ et au changement.
Jean, en tant que savant connaisseur de la vie spirituelle, sait très bien, et nous l’enseigne
aussi avec des paroles très éloquentes, que chaque âme guidée par l’Esprit Saint a son propre
chemin. Nous ne pouvons pas enfermer dans des schémas la liberté de l’Esprit.
Par ironie du sort, l'expérience de Jean était précisément dans le passé attachée sur le lit de
Procustes1, qui en fit une doctrine scolastique, assez éloignée de l’imprévisible diversité de ce qui
avait été éprouvé. Mais l'essentiel est que nous avons un chemin qui ne s'arrête pas, qu’il y ait en
nous une transformation en cours jusqu’à la fin de notre pèlerinage terrestre. La tentation la plus
fréquente est de s’arrêter. Il est facile de dire, comme Elie : Assez maintenant, je suis fatigué,
maintenant je n’ai plus envie, j’ai peur d’avancer. Et sans doute cela ne suffit pas toujours, parce que
le sens de la vie et de la vocation qui nous a été donnée doit être conduit par l'Esprit vers un but qui
dépasse complètement non seulement nos capacités humaines de mise en oeuvre, mais même nos
capacités de réflexion, aussi bien quand nous essayons de l’exprimer nous échouons, nous nous
limitons à balbutier quelques paroles.
Le but est celui que Jésus, dans l’Évangile de Jean, appelle « la vérité » ; « Consacre‐les dans la
vérité » (Jn 17, 17). Pilate demanda à Jésus : « qu’est‐ce que la vérité ? » (Jn 18, 38), mais il ne reçut
pas de réponse. La réponse, Jésus la donne au disciple qui se met en route avec lui. La vérité est un
point aimanté, celui vers qui tout converge : la raison et le coeur, le corps et l’âme, l’individu et la
communauté, la chair et l’esprit .L’unique vérité qui peut être dernière est celle qui en même temps
illumine l’esprit, libère la volonté, réchauffe le coeur, nourrit le corps et unit en une seule chose
l’aimant et l’Aimé. C’est là ce que nous cherchons, sachant que nous pouvons ne jamais le rencontrer
à moins d'attendre que cela devienne ce qui va combler notre faim, notre soif, notre besoin vital.
Si cette urgence est en nous, le Carmel est notre maison et là nous devrons ne pas nous sentir seuls ,
parce que nous serons entourés de frères et soeurs qui sont en train de chercher la même chose, ou
pour mieux dire la même personne, qui a fui après nous avoir blessé , après avoir mis en notre coeur
un désir irrépressible de marcher derrière lui, et aucun objectif différent et antérieur à la rencontre
ne peut le satisfaire. Ainsi nous serons, et en particulieraujourd‘hui vous trois Fr. Samuel Bijoy, Fr.
Rajendaprasad et Fr. Joemon, serez « consacrés » dans la vérité, ce n’est pas la vérité d’une
possession, mais la vérité d’un amour qui cherche avec anxiété la présence de l’Aimé.

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