Carmel en Terre Sainte — Carmélites

Carmel du Pater Noster
Mont des Oliviers — Jérusalem

Jean, l'Apôtre bien-aimé, d'après un document gnostique apocryphe aux environs de 130, s'enfuit, le cœur plein de douleur, du lieu de la Crucifixion et chercha consolation dans une grotte située sur le Mont des Oliviers, où lui et les autres disciples avaient passé de très nombreux moments avec leur Maître. Tandis que Jean était en pleurs, l'obscurité recouvrit la terre et une Croix lumineuse apparut près de laquelle se tenait Jésus, disant : "C'est moi qui vous ai inspiré de venir ici pour que je m'adresse à vous."

De telles "légendes" augmentent le prestige de notre montagne, mais les Saintes Ecritures (Jean 8:20, 59 et Luc 21:37), confirment que Jésus se réfugiait dans une grotte sur le Mont des Oliviers. Le récit apocryphe est écrit dans une langue spirituelle et la "Très Lumineuse Grotte" devient un sanctuaire intérieur où Jésus vient habiter une âme, lui découvrant par Sa Lumière de sublimes mystères divins. "Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous habiterons chez lui" (Jean 14, 23).

C'est certainement ici (Mathieu 24-25) que Jésus a transmis à ses disciplesson Discours Eschatologique leur enseignant ce qu'il adviendra aux Derniers Jours. C'est à proximité du Mont des Oliviers (Actes 1:4-9), que Jésus est "monté" au Ciel. Ainsi l'Ascension et l'Eléona, avec sa Grotte sainte, ont-elles un sens particulier pour les Carmélites du "Pater".

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En 326, peu de temps après son arrivée en Terre Sainte, la mère de Constantin, Ste Hélène, entreprit de construire sur le Mont des Oliviers, afin de vénérer la Grotte, la Basilique de L'Eléona, du grec "elaion", signifiant "champ d'oliviers". (La Basilique de l'Eleona a également été assimilé à l'église des Disciples). Détruite par les Perses en 617, la Basilique fut reconstruite peut-être par Modeste et plus tard détruite par Hakim en 1009.

Malgré les destructions successives, le souvenir des enseignements de Jésus s'est maintenu. A la longue, cependant, il s'est produit dans son contenu un changement significatif qui mit l'accent tout particulièrement sur l'enseignement du "Notre Père" par Jésus à ses disciples. Ce fut la tradition qui prévalut lors de la construction par les Croisés d'un Oratoire sur le site, l'église du "Pater Noster" qui tomba en ruine après leur départ.

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En 1856, La Princesse de la Tour d'Auvergne, née en France de parents italiens (Aurélie de Bossi, 1809-1889), acheta le site et construisit l'église actuelle tout près de la Grotte primitive. La Princesse de la Tour d'Auvergne avait une dévotion particulière à la fois pour la Grotte et la Prière du Seigneur. Bien que la Princesse n'eût jamais vu la Grotte parce que son emplacement exact sur le Mont des Oliviers n'était pas connu, après quelques recherches et aidée par son intuition, elle émit l'idée du lieu où elle pouvait se trouver, enterrée. En effet, les fouilles effectuées par les Pères Blancs en 1911 permirent de trouver la Grotte à l'endroit exact où elle avait prédit qu'elle était.

Pour faire partager sa dévotion à la Prière du Seigneur, elle fit apposer dans l'Eléona 39 plaques en céramique en autant de langues. Aujourd'hui, il y a 139 plaques et le site est un passage obligé sur l'itinéraire emprunté par les chrétiens de toutes obédiences.

La Princesse de la Tour d'Auvergne avait voulu un monastère rattaché à la Grotte, comme un témoignage de prière perpétuelle. On dit que l'idée d'un Carmel lui fut inspirée dès 1868 par le dernier architecte du monastère, un ancien diacre Carme, Jean Guillemot.

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En 1872, la visite d'une Carmélite française permit de réaliser cet espoir. Mère Xavier du Sacré-Cœur de Jésus, jeune religieuse, avait quitté le Carmel de Lisieux pour aider à la fondation du Carmel de Saigon. Après de nombreuses années de service à Saigon, elle était sur le chemin du retour en France, mais son esprit missionnaire et certainement aussi le Saint-Esprit, lui inspirèrent de visiter les Lieux Saints à Jérusalem et de rendre visite à la Princesse de la Tour d'Auvergne. Chevauchant un âne, la Mère Xavier, âgée de 34 ans, sous la chaleur caniculaire de juillet, se dirigea vers le Mont des Oliviers. Jetant un regard plongeant sur Jérusalem en passant tout près du jardin de Gethsémani, elle se dit également en elle-même que ce serait merveilleux d'avoir un Carmel en Terre Sainte. La tradition nous raconte qu'elle s'arrêta pour visiter Gethsémani et qu'elle adressa cette prière à Jésus : "Oh, si une telle chose pouvait arriver ! Si c'est votre volonté, Seigneur, donnez-moi un signe. Puisse le jardinier me donner une rose de Gethsémani!" Le jardinier leva les yeux, se dirigea vers notre jeune Carmélite et lui tendit une belle rose! Oui, c'était dans le dessein de Dieu que Mère Xavier participe activement au projet d'un Carmel, mais les roses ont des épines et il ne fallut pas longtemps avant que Mère Xavier en ressente la piqûre.

La Princesse, pour sa part, salua Mère Xavier comme un "ange" et vit dans cette jeune religieuse quelqu'un de très talentueux, pieux et déterminé.

Mère Xavier du
Sacré Coeur de Jésus
Mère Aloysia
première Prieure

 

Mère Xavier rentra en France et la Princesse entama des négociations et trouva une bienveillante attention auprès du Carmel de Carpentras dans le Sud de la France (Vaucluse). En 1873, la Princesse, accompagnée de Mère Aloysia, 38 ans, de Carpentras, première Prieure du nouveau Carmel ainsi que de Mère St François, s'embarqua au port de Marseille pour les rivages de la Terre Sainte. Mère Xavier arriva à Jérusalem, venant de Carpentras, en 1874, pour réaliser avec ses sœurs le rêve qu'elle avait partagé avec la Princesse durant l'été 1872.

Encore en construction, le Carmel du Pater s'ouvrit officiellement en 1874. Même au temps de sa première génération, le "Pater" a toujours été international, mais francophone. Actuellement, il y a des religieuses de France, de Corée, du Rwanda, d'Italie, de Suisse, de Jordanie, du Liban, de Madagascar, de Palestine, des Etats-Unis d'Amérique et, si l'on y inclut notre "communauté externe", du Canada, de France, d'Italie.

La Princesse de la Tour d'Auvergne partagea la propriété entre les Carmélites, les Pères Blancs et le Consul de France. En tant que gardiennes spirituelles de la Grotte et de l'Eléona, les Carmélites vivent l'esprit missionnaire en communion avec leurs aumôniers, les Pères Blancs, et restent tout particulièrement reliées à la France. L'esprit du "Notre Père" est néanmoins celui qui touche le cœur de l'humanité tout entière, sans limites de frontières.

A partir de 1886, l'imposant clocher du Carmel, doté de ses cloches aux riches sonorités, se voyait de la Vieille Ville de Jérusalem.

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La Princesse mourut à Florence le 4 mai 1889 et le centenaire de sa mort, 1989, tomba le jour de la fête de l'Ascension, une grâce appropriée pour couronner sa mémoire. On rapporta ses restes à l'Eléona en 1957. Son Mausolée situé près de l'entrée de la Chapelle des Sœurs, fut récemment et magnifiquement restauré par une équipe d'artisans palestiniens placée sous la direction d'un jeune Allemand qui a pour tâche de fournir des emplois aux chrétiens arabes.

Mère Xavier mourut deux mois après la Princesse, à l'âge de 52 ans. Mère Aloysia et Mère St François vécurent toutes deux jusqu'à un âge avancé et eurent la joie de savoir que sur le Mont des Oliviers, près de la Sainte Grotte, des Carmélites continueraient à témoigner de la puissance de la prière.

 

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