Carmel du Mont-Carmel - Haïfa
La fondation
Le monastère est, bien entendu, dédié à Notre Dame du Mont Carmel ; il ne saurait en être autrement ! Situé tout près du site primitif, Wadi ayin es-Siah, il est né de la ténacité (faut-il rappeler la "détermination déterminée", chère à la Santa Madre, Thérèse d'Avila ?) de deux surs - surs de religion en même temps que surs de sang - du carmel d'Avignon, Marie et Berthe de Causans, en religion Marie du Sacré-Cur et Marie de Jésus-Hostie. Derrière leur aventure on pourrait inscrire en filigrane le célèbre signet de la Madre :
![]() |
Que rien ne te trouble, |
Car si l'on regarde tant soit peu attentivement les dates, on comprend qu'il y aurait de quoi se décourager :
1872 : La Princesse Aurélie de la Tour d'Auvergne, "femme
généreuse et capricieuse", fait, puis retire aussitôt
au carmel d'Avignon la proposition d'assumer les frais d'une fondation à
Jérusalem : en fait, elle l'avait déjà offert aux surs
de Carpentras, et revient sur sa première piste
1873 : Par des voies quelque peu sinueuses dont la Providence est coutumière,
une proposition de fonder, cette fois au Mont-Carmel, se présente. Hélas,
il y manque sinon l'essentiel, du moins l'indispensable : l'infrastructure matérielle,
comme on dirait aujourd'hui. Et le carmel d'Avignon est pauvre. La proposition
sera-t-elle refusée ?
Pas vraiment : les deux surs déjà nommées se portent
volontaires pour l'assumer, même si pour ce faire elles ne peuvent compter
de la part de leur communauté sur d'autres secours que celui de la prière.
Tout au plus peut-on leur promettre deux ou trois surs, le moment venu,
pour les accompagner. C'est ainsi que naissent les uvres de Dieu : "Teresa
et quatre ducats, ce n'est rien. Mais Teresa, Dieu et quatre ducats
"
Après quoi, il ne se passe que
7 ans, chiffre tout symbolique,
avant que n'arrivent les autorisations nécessaires, arrachées
de haute lutte par deux prêtres rencontrés au parloir, frères
eux aussi et même jumeaux, venus du judaïsme : Augustin et Joseph
Lehmann.
Ils arrivent à obtenir non seulement l'autorisation du St Siège - le 14 août 1880, celle du Général de l'Ordre et du Patriarche de Jérusalem, mais encore celle, peut-être la plus difficile !, du "papa de Causans", effrayé du sort qui risque d'attendre ses filles bien-aimées.
Entre-temps, on a fondé, en 1878, un carmel à Ecully :
une sorte d'arrière base destinée à recueillir des fonds
et des vocations pour le futur monastère du Mont Carmel.
1882 : Trois surs d'Ecully débarquent au Mont Carmel pour visiter les lieux. Mais le "firman", le décret des autorités turques autorisant la construction, n'arrive que le 16 août 1886, après bien des péripéties. Et la première pierre peut enfin être posée deux ans plus tard !

Enfin le groupe des premières fondatrices débarque en décembre
1891, et prend possession le 1er janvier 1892. Sr Marie du Sacré
Cur devient la première prieure.
Avez-vous bien compté ? Il aura suffit de 20 ans !
Aujourd'hui, le moniales n'habitent plus le monastère primitif, sis au bord de la mer, dans un lieu alors fort insalubre : en 1936, elles se sont transplantées sur le sommet de la montagne, d'où aujourd'hui encore le fier bâtiment domine la ville et la belle baie de Haïfa.

* * * * *
Le monastère du Mont Carmel est porteur d'un triple "mystère"
:
Tout d'abord, celui d'Elie, le prophète
du Dieu vivant : et celui-ci est inséparable des origines de notre
Ordre. Plus que n'importe où ailleurs, ici on entend résonner
dans son cur ces paroles d'un de nos textes fondateurs.
Intimement lié au premier, le second "mystère" est
celui de la Vierge Marie.
De sa présence cachée, mais réelle.
Cachée, car le Mont-Carmel, s'il est l'un des lieux importants de la
première Alliance, n'est même pas mentionné dans les évangiles.
Et pourtant réelle, car paradoxalement le Mont Carmel est perçu
par la conscience chrétienne comme un lieu marial par excellence : Totus
marianus est Carmelus.
N'est-ce pas d'ailleurs, de façon tout aussi paradoxale, la présence
cachée mais réelle de Marie dans la Règle du Carmel ? Car
cette "formula vitae" donnée aux
frères ermites du Mt Carmel par Albert, patriarche de Jérusalem
au 13ème siècle, ne mentionne pas la Vierge Marie non plus. Et
pourtant, celle-ci y est parfaitement "lisible" :
Comme elle, les frères du Mont Carmel acceptent de "recevoir leur
vie" de la main d'un autre. Ils ne dictent pas à Dieu ce qu'ils
veulent vivre. Peut-être le suggèrent-ils. Mais en définitive
ils laissent parler l'Esprit par la bouche de l'Eglise dont Albert est le représentant.
Et ce qu'ils reçoivent de lui, c'est bien plus qu'une règle :
c'est une parole de Vie entièrement tissée de la Parole de Dieu.
Commençant par l'obéissance -
"Nous vous demandons tout d'abord d'avoir un prieur ( ) Tous lui promettront obéissance et après l'avoir promise, s'appliqueront à la garder en vérité par les uvres "
et finissant par elle -
"et vous autres, frères, honorez, pour votre part, humblement votre prieur, considérant, plutôt que lui-même, le Christ qui l'a mis au-dessus de vous ( ) afin que vous méritiez par votre obéissance la récompense de la vie éternelle",
elle n'est qu'une longue paraphrase de la remise totale de Marie :
"Voici la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole".
On ne peut enfin parler de Notre Dame du Mont Carmel sans évoquer le signe du scapulaire. Fleurissant surtout tout au long du Moyen Age, et même au-delà, jusqu'au moment où il fut quelque peu éclipsé par la diffusion de la "médaille miraculeuse", il est en train de regagner de nouveau les curs des amoureux de la Vierge Marie dans le monde entier.
Le troisième "mystère" enfin est celui de la double mission qui fut confiée au monastère par le pape Léon XIII dès avant sa fondation :
L'union des curs - expression dans laquelle est inscrit en filigrane le souci de l'unité de l'Eglise, pour laquelle Jésus a prié au moment de livrer sa vie pour le salut du monde :
"Que tous soient UN comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jean 17/ 21)
la prière pour le peuple de la Première Alliance :
"Pour qu'il progresse dans l'amour de Son Nom et la fidélité à son Alliance"
(La grande intercession du Vendredi Saint)
Mission réellement prophétique. Car à ce moment, rien,
absolument rien ne pouvait laisser prévoir les événements
à venir :
Ni le mouvement cuménique qui naîtrait quelques décennies plus tard et qui ébranlerait les curs et éveillerait la passion de l'unité.
Ni le tournant tragique de la Shoah, qui aurait comme une des conséquences l'ouverture du cur de l'Eglise à l'égard du peuple juif.
Ni enfin et surtout, le retour de ce peuple sur la terre de ses pères, retour qui donnera naissance à un Etat souverain, aujourd'hui partenaire à part égale de celui du Vatican
L'humble et fidèle prière des générations de carmélites
y contribue-t-elle pour sa part ? Est-elle pour quelque chose dans le fait que
Haïfa est aujourd'hui l'un des rares lieux, en Israël où règne,
malgré un quotidien lourd, une coexistence assez paisible et parfois
même amicale entre les deux peuples de ce pays ? Cela est le secret de
Dieu. Mais il est doux d'oser le croire un peu
et se laisser ainsi inviter
à toujours plus de fidélité à cette mission.

[ sommaire ] - [ histoire ] - [ Pères Carmes ] - [ Carmélites ] - [ Mariam Baouardy ] - [ visages du Carmel ] - [ pays de la Bible ] - [ le pays aujourd'hui ]
|
|
|
|
|
|
contenu du site
|
links |
Livre d'Or
|