L'Espace mystique du carmel
un commentaire de la Règle
Kees WAAIJMAN o.carm
(Ed. Abbaye de Bellefontaine, "Flèche de feu" N° 1)
Voilà un livre qui vient à point, à la fois pour s'inscrire dans la ligne du thème du chapitre général O.C.D. (bien qu'écrit par un o. carm., mais n'avons-nous pas les mêmes origines?), "Repartir de l'essentiel", et pour nous préparer à vivre le 8ème centenaire de la Règle.
Nous qui vivons sur le Mont-Carmel, à quelques minutes à peine du lieu où l'Ordre est né, nous pourrions nous croire privilégiées Eh bien, non : l'auteur met d'emblée les points sur les "i" ! Il nous dit que la "Rubrica prima" le premier article des constitutions les plus anciennes, de 1281, demande déjà à ceux qui sont "réellement amoureux de cette montagne, en vue de contempler les choses célestes" : "Chaque endroit que vous habitez, faites-en un Carmel". Et d'insister : Chaque lieu où il y a un Carme est, de droit, "le Carmel mystique" : il suffit pour cela "enlever les sandales des habitudes" du monde, pour s'apercevoir que "cette terre est sainte". Si le Carmel a pu survivre à son "exil" en Europe, c'est que les carmes ont su emporter avec eux leur montagne
Un livre qui peut renouveler notre appréciation de beaucoup de choses à commencer par notre cellule, l'un des passages qui nous a frappées tout particulièrement. Un tout petit résumé, faute de place, vous permettra d'apprécier et peut-être de vous donner envie de le lire.
Peu importe si peu à peu, pour des raisons de commodité, on est passé de la cellule individuelle, réellement séparée, au style "couvent". Ce qui est important, c'est que demeure le symbolisme de la cellule. Elle unifie, et même "conduit à l'unicité", là où le fait d'être "en plein vent" disperserait et ferait penser à mille choses, présenterait mille distractions. Elle stimule le renoncement à tout ce qui n'est que l'accessoire!!! (entre parenthèses, si nous le prenons au sérieux, alors cela suppose une sérieuse réflexion sur le contenu de nos cellules!). Elle introduit dans l'espace mystique du lieu, rapproche de la solitude libératrice, amène au dénuement pour trouver Dieu seul. Bref, pour moi, personnellement, la cellule est exactement ce que le lieu est pour la communauté. Elle me fait devenir libre pour Dieu. (Cela dit, l'auteur précise que cela ne se réalise vraiment que dans un processus long et souvent fort douloureux!)
La cellule aussi m'accueille. (Ici, l'auteur se réfère à Lévinas : "accueil qui est féminité", "l'altérité qui se retire de façon invitante et dans laquelle on plonge" ; à l'arrière plan, il y la notion de la Shekhina, la "féminité de Dieu".) Chaque fois que j'entre dans ma cellule, je "plonge dans la Présence" : la générosité de Dieu qui me conduit chez moi L'auteur y voit aussi ce qu'il appelle "l'archétype marial", essentiel à la conception du monde en tant que "visage de Dieu". Et les différentes "pratiques" évoquées dans la Règle ne sont possibles que par cette présence de Marie qui m'accueille sans cesse chez moi. D'ailleurs, tout mouvement de l'extérieur vers l'intérieur n'est possible que par l'existence de la cellule, l'Intérieur par excellence. A cause de cela, il est aussi essentiel que ce ne soit pas moi qui la choisis : la cellule m'est donnée par le choix du prieur ET des frères.
Et un peu plus loin, l'auteur revient sur le sujet, suggérant que, la Règle préconisant de "rester en cellule, à moins qu'ils ne soient légitimement occupés", l'un des défis du carmel serait de vivre toutes les activités comme "cellule", c'est à dire, la "cellule" doit être (ou devenir progressivement) cette Présence constante où le moine demeure en Christ, quoi qu'il fasse par ailleurs
Vraiment, un très, très beau livre à méditer.
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